Karitas n'avait aucune envie d'aller à ces rassemblements des gens du coin, et était ainsi restée dans le soleil du soir tandis que Sigmar était parti, elle avait installé son chevalet et passé de longues heures à faire des esquisses, les cordes à linge de son projet lui taqunant encore l'esprit....bien qu'elle ne fut pas tranquille, connaissant par expérience la détermination de l'homme: il avait pour habitude d'aller chercher ce dont il avait envie.
Lorsqu'il apparut en personne, sans dire un seul mot, grimaçant comme un troll, il l'embarqua dans ses bras et ressortit rapidement de la maison avec elle.
Elle avait encore le crayon à la main;
en chemin vers le village la colère se mit à bouillir en elle, elle n'était pas coiffée et portait son tablier de tous les jours, elle regarda son profil, imaginant comment elle allait lui faire passerle goût du pain lorsque cela serait terminé, il resserra alors sa oigne comme s'il savait ce qu'elle était en train de pensertout en regardant droit devant lui, les yeux lissés, et fila avec elle à travers prés et mottes de tourbe.
Les courlis sifflèrent sur leur passage, les bécassines croulèrent, les chiens bondirent sur leurs pattesla langue pendante et les suivirent en fôlatrant, puis la musique entraînante et retentissante se fit entendre depuis la salle des fêtes, un groupe se tenait devant la porte en train de boire un coup, et il renforça encore sa poigne, courut à moitié sur les derniers mètres, se fraya un passage à travers le groupe puis dans la maison jusqu'au beau milieu du plancher, et la déposa à terre.
Elle prit le mors aux dents et le gifla.
Il n'en eut cure, agrippa des deux mains la ceinture de son tablier  par-derrière et l'entraîna en tournoyant dans la danse. Elle dut poser ses mains sur ses épaules pour ne pas trébucher?
Ils dansèrent et transpirèrent, le soleil disparut brièvement et resurgit, -la nuit était jeune- et lorsque le joueur d'accordéon abandonna enfin, tous sortirent dans la lumière du soleil tout juste réveillé, les amoureux marchant main dans la main jusqu'au rochers colorés d'orrouge pour se ranconter leurs rêves....

     Troll, soleil qui resurgit à peine couché... je ne vous ai pas conviés à un roman-photo près d'un dancing !
Dans "l'Esquisse d'un rêve", c'est une veuve mère de 6 enfants qui nous transporte d'un bout à l'autre de l'Islande à travers fjords et blocs de glace, pour donner à ses enfants l'éducation qui les sortira d'affaire.
A ses fils en fait, et les filles devront à nouveau se battre pour s'élever, sortir des rails tracés par leur mère.
Karitas la plus jeune, doit s'occuper de la lessive pendant que ses soeurs salent le hareng.
MAis tout comme le sel, lessives et autres tâches préservent-elles assez les mains pour pouvoir peindre comme son père le lui a appris ?
Et quand les leçons de sa bienfaitrice et l'école de Copenhague auront pris fin, pourra-t-elle, jeune mère isolée dans la campagne et femme épisodique de son marin, garder assez d'autonomie pour encore mettre sur toile les tableaux qu'elle trace mentalement ?

      Ce livre à l'écriture dense nous entraîne de façon haletante dans les intérieurs clos des hivers islandais, à l'économie stricte parfois âpre, mais également à l'éclat intérieur des projets, ou les rêves éclatants se confrontent à une réalité qui les tient en haleine.... Tout comme nous !

Merci à l'amie qui me fait découvrir l'écriture de Kristin Marja Baldursdottir, ses descriptions des ports, de la vie des pêcheurs et saleuses, des campagnes qui alternent avec les évocations de tableaux

 

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