Karitas-l-esquie-d-un-reve Un livre heureusement offert par une amie toulousaine...

   Par la fenêtre, j'aperçois des bateaux blancs.
Entrer dans le fjord en roulant doucement d'un bord sur l'autre, chargés de poisson.
Sous la fenêtre repose un berceau blanc.
Petit bateau blanc qui est entré dans ma vie.
Dans le berceau mon tout petit ange. Il dort toute la journée dans le rayon de soleil qui pénètre dans le salon. Si profondément que je dois lui donner une chiquenaude sur la plante des pieds pour le réveiller.
Au-dedans, la tranquillité nous enveloppe.
Au-dehors, l'activité bat son plein. Jamais on n'a autant pêché de morue....
Sigmar a du repartir directement au hareng après la saison de pêche. Je suis seule avec les garçons.
A court de couleurs.
J'utilise le charbon avec lequel je fais chauffer la lessiveuse...

          Karitas, qui vit dans une vallée de l'Ouest de l'Islande, a été initiée toute jeune à poser ses formes et couleurs sur papier, par son père maintenant disparu en mer.
Emmenée par sa mère à des fins d'instruction avec ses frères et soeurs vers la ville du sud de Akyreiri, elle a pour tâche de lessiver et alternativement de saler le hareng, tout en essayant de préserver ses mains pour son art...

 

 

 

Skaftafell National Park, Iceland Reproduction photo

Skaftafell National Park, Iceland et Lueurs du Nord
  Par: Nadia Isakova N° de l'article : 17904692163A  Site art.com

         Après 2 années aux Beaux-Arts de Copenhague, lors d'une mémorable nuit de soleil boréal et de fête, elle rencontre Sigmar, convoité par toutes,  qui reviendra la chercher pour vivre dans sa maison isolée de l'Est, entre deux saisons de poissons où elle reste seule, à cogiter sur des scènes picturales, ou affronter ses démons intérieurs presque tangibles, presque mythiques.

Nuit d'été ensoleillée dans l'Est.
PAix intemporelle...
Chasons d'amour des amants, murmures et chuchotements qui précèdent et suivent les étreintes.
Je suis auprès de mes petits endormis...
Suis assise les mains nouées ensemble dans mon giron et regarde devant moi dans la cuisine, je La regarde, noire, imposant avec ses lignes pures.
J'avais déjà lutté avec elle auparavant mais abandonné, elle était forte comme une de ces femmes qui avaient colonisé le pays, impossible d'avoir le dessus avec elle. Mais s'il le faut, je ne l'avais pas approchée de la bonne manière, peut-être manqué de respect.
Ses bruits étaient devenus ma chanson d'amour.
La cuisinière à charbon.
Je sors sur la pointe des pieds jusqu'à la réserve, me choisis un cadre de la plus grande taille, l'installe sur le chevalet, fais tout doucement pour ne pas réveiller les enfants, mélange la couleur, peins la machine directement sur la toile, noire mais malgré tout en train de flamber.
Il y a en elle un mouvement qu'on ne voit pas mais que l'on perçoit.
Comme il y a du mouvement en moi, une petite braise qui attend qu'on l'enflamme....

Ce ne sont pas les grands évènements qui changent le monde, mais les petites choses de tous les jours et les mots non-dits...

        Les pérégrinations de la famille, des soeurs, la vie entre femmes sont l'occasion pour elle de peaufiner des idées de tableaux, parfois de consentir à des portraits qui diffèrent de ses représentations non-figuratives, d'arrondir les angles de son caractère bien trempé aux heurts de la vie de femme, de maternités plus ou moins heureuses, d'entourage impérieux par les autres femmes du village -un quasi gynécée-,   de reconstruction dans le sud, après que sa soeur aînée inféconde lui eut exigé sa fille jumelle...

       Là-bas, séparée 11ans de son mari avant qu'il ne vienne réclamer son dû, sa famille, elle se laisse mener par Audur, son mentor empreinte de nature et de compréhension. Les tâches quotidiennes d'une sorte de pension de famille engourdissent sa peine et ses démons intérieurs, la laissant peindre, se frotter à l'art du collage, se garder dans l'attente pendant que ses enfants deviennent hommes.

      Elle était en train de jeter l'eau de la cuvette lorsque le tableau frappa son esprit comme la foudre. Elle resta quelques secondes immobile, vit devant ses yeux sa forme, les lignes, la robe sur la table de couture, découpée, taillée, assemblée. Elle jeta sa cuvette, se précipita dans la vieille cuisine, farfouilla dans sa caisse, en retira le grand bloc à dessin et un crayon, se faufila sous la fenêtre, s'assit et croqua, bouleversée.
Le crayon volait sur la feuille et tout à coup, ce fut comme si les femmes autour se rappelaient que là-bas était assise la femme qui était artiste, pour sûr hautement diplômée de l'étranger....

       Vous vous laisserez prendre malgré l'inconfort premier des noms islandais, à cette épopée où les rêves d'amplitude se confrontent aux petits gestes d'une vie âpre, ponctués de magnifiques descriptions; une écriture minutieuse bien que fluide qui parfois s'échappe presque vers le conte *, les descriptions de tableaux souvent inachevés....

  

 d'autres avis

* comme dans "Femmes qui courent avec les loups" de Clarissa Pinkola-Estès 

et un lien vers d'autres formes d'arts visuels ;)

D'ailleurs je m'aperçois que c'est également le moment du Festival Taul'art, à Toulouse,
une bonne façon de passer son temps d'immobilité obligée à se cultiver, s'exprimer (visible entre autre à La Chapelle St Michel)